A 17 ans, j'étais naïve, innocente et encore vierge. Je n'avais jamais eu de petit ami ni de petite amie, pas un baiser, pas un flirt. Aussi pure qu'un enfant qui vient de naître.
17 ans, un âge dont je me souviendrais toute ma vie, un mois d'août marqué en moi comme au fer rouge. Pour la première fois de ma vie, je partais en vacances dans la famille, mais c'était déjà bien. Et j'étais ravie de m'éloigner de mes parents.
J'arrivais chez « eux » un lundi, j'en repartis un vendredi soir. Que dire de ce séjour ? Pas grand chose, pas maintenant. De retour, chez moi, je me regardais dans la glace, cherchant un changement dans le regard, sur mon corps. Un changement ? Pourquoi ? Parce que durant cette semaine, j'avais perdu ma virginité...
Les idées morbides s'explosèrent dans ma tête, elles apparurent comme ça sans signe avant coureur et ne disparurent presque jamais. J'étais parfois prise de profondes crises de désespoir que je pouvais de moins en moins contrôler. J'eus mon bac, je ne sais pas encore comment. Je fuyais les hommes, fuir d'ailleurs était un mot faible, je n'en approchais pas à plus de trente mètres.
Dès qu'un mec m'adressait la parole, je sentais mon coeur s'accélérer et je m'arrangeais toujours pour que jamais il ne me touche, que ce soit par accident ou non.
Après mon bac, je passais mon concours pour rentrer à l'éole d'auxiliaire de puériculture. Je l'eus sans problème. Je m'installais loin de chez mes parents. Au cours de cette année-là, je n'eus qu'une seule et unique amie. Nous étions isolée du groupe, de tout le groupe. Mais au fond, cela m'était bien égal. Je découvris, au cours de cette période, un moyen d'évacuer mes tourments les plus terribles, mes angoisses et mes doutes : l'écriture.
Je noircis des tonnes de papiers, passais des heures à taper sur la machine ou griffonner des bouts d'idées, des bouts de nouvelles sur des cahiers d'écolier. Cela me faisait il du bien ? Je ne sais même pas. J'eus mon diplôme d'auxilliaire puéricultrice avec difficulté, aucune mention mais que des ennuis durant l'école. Une directrice peu compréhensive, des étudiants peu présents. Peu importe, j'avais ce concours en poche et c'était tout ce qui comptait à mes yeux.
Mes premiers mois de travail ne furent pas glorieux, je n'avais aucune confiance en moi, j'étais sans cesse mal à l'aise et j'avais toujours peur de mal faire. On me fit comprendre que je n'étais plus la bienvenue là où je travaillais. Je partis donc soulagée, soulagée parce que je ne voulais plus rien avoir à faire avec ce boulot et d'autre part, parce que j'étais tombée amoureuse pour la première fois. Cet amour n'était pas réciproque. Je m'y étais accrochée comme une sangsue à son rocher. Le visage de cette femme resta accrochée dans ma tête et devant mes yeux pendant longtemps après ça. Je rêvais d'elle, je ne pensais qu'à elle.
Je me refusais de croire que je l'aimais, que j'étais jalouse de son mari, je n'étais pas prête à reconnaître, admettre la réalité, la vérité. Alors pour moins souffrir, pour exorciser ce sentiment que je rejetais de tout mon être, j'écrivis, j'écrivis à m'en saouler, j'en écrivis jusqu'à m'abimer les yeux devant l'écran. En parallèle, je me réveillais régulièrement dans la nuit. Moi qui n'avais jamais eu de problème de sommeil, je fus victime de mes premières insomnies, insomnies toujours présentes 15 ans plus tard....
A 22 ans, j'eus mon deuxième poste de travail. Le service était sympa, les collègues aussi et je réussis, enfin, à trouver ma place. Mes collègues m'appréciaient et je les appréciais tout autant. Nous travaillons tous et toutes dans la bonne humeur et cela me faisait chaud au coeur. Malheureusement, la première fois que je me réveillais en sursaut, je ne compris pas, au départ, ce qui se passait. « Juste un cauchemar » pensais je tout bas. Mais celui ci revint le lendemain, le surlendemain et encore et toujours.
Mon humeur changea tranquillement, sans même que je m'en rendre compte. Je devins tendu, fatiguée, je mangeais de moins en moins. Quand le premier flash traversa mes yeux, ce fut comme un coup de poignard qui se planta dans mon coeur. Poignard qui continua pendant longtemps de torturer mon jeune corps de femme....
Je commençais alors à raconter des bobars, des mensonges éhontés. Pas questions que mes collègues croient que je n'étais sortie avec personne, que l'amour pour moi n'était qu'une vague notion, quant au baiser, ça semble étrange mais je ne savais même pas comment faire !!
La plupart du temps, j'étais heureuse. Le pire, c'est que je le croyais. Seulement, le poison faisait son effet, sournoisement, tranquillement sans même que je ne m'en aperçoive. Je ne pouvais pas analyser ce que j'avais vécu, trop difficile et peu de matières. Images floues, qu'en faire ? Que faire de ces flahs qui me secouaient au moment où je m'y attendais le moins, de ces angoisses qui me tenaillaient sans même que je sache pourquoi.
Je ne laissais personne m'approcher et bien sûr, personne ne m'approcha. Et puis, je commençais une nouvelle fois à penser à peu trop à une de mes collègues, pour la première fois, le désir montait en moi lorsque je la regardais ou pensais à elle. Je fis tout pour qu'on soit amie et nous le fûmes presque mais l'handicapée de la vie que j'étais, gâchai une nouvelle fois cet embryon d'amitié qui ne demandait qu'à naître. Les cauchemars furent remplacés par des fantasmes tortueux, tout aussi pénibles que ce qui me réveillaient avant dans la nuit. Cette collègue infirmière devint vite une obsession. Là encore, je noircis des tonnes de papier sur elle, imaginant les plus rocambolesques scénarios. J'avais une imagination débordante et les mots venaient tout seuls sans même que j'y pense. Quand je la croisai dans la journée, je prenais garde que personne ne voyait la façon dont je la regardais car j'avais les yeux expressifs, le regard de l'âme, c'était vrai pour moi, cruellement vrai. Alors que ce regard m'avait servi et que je l'avais utilisé autant de fois qu'il l'avait fallu pour éloigner les hommes de ma vie, autant là, il me trahissait sans cesse.
A force de trop réfléchir, j'étais nulle dans les contacts humains, les relations humaines. Impossible de retranscrire mes émotions à travers mes paroles. La plupart du temps, je me contentais d'hôcher la tête et de rire aux blagues des autres (même si je les comprenais pas)