Concernant les mutilations, j'ai arrêté d'y penser, d'en faire une fixation. "Je ne dois pas, je ne dois pas". C'est le même principe qu m'a aidé pour les compulsions alimentaires. Penser sans cesse à ce qu'on doit ou ne doit pas faire me mettait une pression terrible.
Je n'y suis pas arrivée du jour au lendemain.
Au début de ma première thérapie, la psy m'a proposé de faire de l'EMDR - je replongeais dans un de mes souvenirs et elle me tapotait le bras, puis j'examinai la scène, moi adulte et je "remettais les choses à leur place". Certains sont pour cette méthode, d'autres non, moi ? Ben en tout cas la thérapie m'a fait beaucoup de bien, j'écrivais aussi, et il y avait de petits exercices à faire, c'était complet. Donc je ne sais pas quelle place tenait l'EMDR dans le résultat. Je savais aussi que c'était à moi de m'en sortir et que la psy ne faisait que me montrer des chemins possibles, et surtout sa présence pour m'écouter en toute confiance. J'étais consciente qu'elle ne pouvait pas me "guérir".
Depuis un moment déjà, j'aime comparer ma vie (et les autres d'ailleurs) à l'image d'un arbre, d'une plante. Au début, j'avais l'impression que d'avoir retiré un arbre (en déposant plainte) découvrait une forêt. Puis j'ai continué à retirer les autres arbres, puis les buissons, puis petit à petit les mauvaises herbes. Le plus dur, c'est le premier arbre. Et petit à petit ça devient plus facile. Puis j'ai commencé à enlever ce qui était toxique (comportements/personnes). Et je continue à retirer les mauvaises herbes. C'est comme une ré-éducation.
Ma réflexion aujourd'hui c'est qu'il vaut mieux s'orienter "estime de soi" au lieu de chercher à régler les problèmes et focaliser sur les problèmes. Avoir à coeur l'enfant que nous étions et qui ne méritait que l'amour et la sécurité. Et lui donner aujourd'hui. Décider de sa vie, lui donner de la valeur. Nous avons de la valeur en tant qu'êtres humains. Le fait que certaines personnes ont des problèmes, dysfonctionnent... ben oui ça nous blesse, mais petit à petit nous grandissons, devenons plus fort et pouvons faire face (même si parfois ça veut dire fuir).
Quand je pense au régime alimentaire, c'est un peu comme se focaliser sur le gâteau qu'on ne peut pas manger, finalement on ne pense qu'à ça... alors qu'il vaut mieux enrichir sa vie.
C'est long, mais ça vaut la peine.
Et puis le gros mot : lâcher-prise

encore tout un programme pour moi. Mais c'est vrai que ça fait du bien.
Le premier exercice "pratique" que la psy m'avait proposé c'était un massage

Haaaaaaaaa
Pas tout de suite, mais y penser... Haaaaaaaa horreur !
C'est comme ça que j'ai commencé les bains - plaisir (qui n'était pas du tout un plaisir au début !). La seconde étape, plusieurs mois plus tard : je suis allée faire une manucure (le parcours de Rocky à côté, c'est de la gnognotte). J'étais terrifiée de confier mes mains à ... une esthéticienne ! J'avais peur qu'elle me dise qu'elle ne voulait pas toucher cette horreur (moi).
Et ça s'est super bien passé.
Et petit à petit tu commences à être fière de toi.
Si j'avais su à l'époque j'aurai commencé à traquer les "petites voix" dans la tête qui insultent, critiquent, dévalorisent sans cesse. Oui plein de femmes vont chez la manucure, mais dans ma situation je pouvais être très fière. Et fièreté ne veut pas dire orgueil.
La ligne directrice de mon parcours, c'est de ne plus me mettre la pression et d'avancer un pas après l'autre. Un pas de fourmi, c'est un progrès. Tomber ? C'est comme quand un enfant apprend à marcher, il tombe. Et alors ? Il doit retourner dans son berceau et n'en sortir que lorsqu'il maîtrisera toute la technique de la marche ?...
Je suis contente de pouvoir échanger ici. Je porte aujourd'hui un regard beaucoup plus serein sur cette partie de mon passé. J'ai aussi appris que si les gens qui ont eu un parcours "normal" sont "normaux" et qu'ils ont des qualités que je n'avais pas (confiance en eux par exemple) et bien le fait d'avoir un autre parcours développe des qualités, des forces que eux n'ont pas. Un peu comme un aveugle qui développe ses autres sens.
J'espère de tout mon coeur que ça t'encourage.
Pour en revenir aux mutilations, j'ai commencé à prendre de la vitamine E et appliquer des crèmes réparatrices (pour essayer d'effacer au mieux les cicatrices) et comme je ne suis pas arrivée tout de suite à cesser, j'ai essayé de me faire mal, sans qu'on voit les marques. Je n'encourage pas cette pratique, car ce n'est pas juste. Mais je sais par expérience à quel point on peut se sentir "mieux"... Puis mal...
Une chose à la fois, un pas après l'autre, ne pas se mettre de limite de temps, se dire qu'on va y arriver, ne pas arrêter parce qu'on y arrive pas tout de suite... voilà quelques ficelles qui m'ont aidées.
Et aussi la foi, mais ça c'est personnel et je n'aime pas quand je tombe sur des extrémistes qui essayent de vendre leurs solutions miracles. Je n'aime pas la religion mais je crois. Et je ne peux pas cacher que ça m'a aidé de croire en un créateur qui m'aimait. Telle que je suis (et c'est là que grrrr les religieux

).
Bon ben je termine ma tartine et t'embrasse de tout mon coeur, courage !